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Universitaires - Sylvain BLAISE (Entraîneur Paul Sab / FFSU): "Rebondir au plus vite"

Vendredi 11 Août 2017

Quelques jours après la belle troisième place des filles de Paul Sabatier aux championnats d'Europe universitaire à Porto, Sylvain Blaise revient sur cette performance sans amertume. Il évoque aussi l'absence de l'équipe de France féminine aux Universiades de Taïpei (19-30 août) alors qu'elle est championne en titre. Spécialiste du foot féminin et universitaire, il porte enfin un regard très pointu sur ce qu'est devenu la discipline. (Par Dennis Bergkamp)


Quel(s) sentiment(s) gardes-tu des championnats d’Europe universitaires ?
Dans l’ensemble, le bilan est très positif malgré la déception de la défaite en demi-finale qui nous a privé de notre objectif initial d’atteindre la finale de ce championnat d’Europe. Mais ça fait partie du sport et du foot, et le plus enrichissant est la réaction individuelle et collective dès le lendemain pour aller chercher la médaille de bronze.

N’y a-t-il pas une teinte de regret de ne pas avoir fait mieux qu’en 2013 ?
Il n’y a pas de regrets dans la mesure où les filles ont donné le maximum et n’ont pas su remporter le rapport de force imposé ce jour-là par les Espagnoles de Valence. Cela fait partie du sport et du football en particulier. Par rapport à 2013, pas de regrets non plus car chaque compétition est différente. La déception aurait été indéniable en cas d’échec pour la médaille de bronze qui nous aurait privé de podium. Mais il est certain que nous aurons à cœur de regoûter à la médaille d’or comme en 2011 et 2012… Pourquoi pas dès l’année prochaine lors des quatrième Jeux Universitaires à Coimbra (Portugal) en juillet 2018.

Que peuvent retirer les joueuses de ce genre d’expérience ?
Comme nous en avons discuté en interne avec les filles, ce genre de compétition doit être une expérience supplémentaire qui doit les rendre meilleures au quotidien avec leurs clubs et qui doit faire progresser leurs bagages de joueuses. Je suis convaincu notamment que l’expérience de la défaite en demi-finale puis de la réaction individuelle et collective dès le lendemain vont être très utiles dans leur proche avenir, dès la saison à venir.

"Une hétérogénéité entre les filles et les clubs"

Les filles de l'Université Paul Sabatier après leur titre de championne de France cette année. (crédit: S.B.)
Les filles de l'Université Paul Sabatier après leur titre de championne de France cette année. (crédit: S.B.)
A quel niveau peut-on situer un championnat d’Europe universitaire, par rapport par exemple à l’Euro féminin qui vient de se terminer ?
La comparaison est très difficile, notamment avec la spécificité du championnat d’Europe Universitaire féminin qui se joue à 7, par influence de plusieurs pays européens, notamment le Portugal et l’Espagne. Les écarts de niveau ne sont pas négligeables car l’Euro des équipes A féminines concernent de plus en plus de joueuses professionnelles ou semi-professionnelles, alors que les championnats nationaux et européens universitaires concernent des joueuses essentiellement amatrices. Ceci étant, par exemple cette année pour les quatre équipes du dernier carré à Porto, les effectifs comprenaient de nombreuses joueuses de D1 des pays respectifs.

Plus globalement, à quel niveau situes-tu le foot universitaire par rapport aux championnats de clubs ?
Le football universitaire n’échappe pas à la caractéristique du football féminin en général avec une hétérogénéité de niveau entre les filles et les clubs, y compris d’une même division ou d’un même niveau. Par exemple, la finale du championnat de France cette année entre Montpellier et nous était composée essentiellement de joueuses de D1 et D2, et s’est jouée sur le magnifique terrain honneur de Lille Métropole. Le niveau des équipes universitaires dépend en grande partie des relations entre les clubs et les universités, et certains clubs ne jouent pas le jeu avec le football universitaire. J’en profite d’ailleurs pour remercier dans notre cas la collaboration des clubs et notamment de D1 et D2 du TFC, d’Albi et de Rodez, par l’intermédiaire de leurs entraîneurs et de leurs présidents. Au vu des sollicitations peu nombreuses et des expériences vécues, cela constitue plus un bonus pour les filles que l’inverse. Espérons que de plus en plus de clubs de l’Hexagone jouent le jeu afin de tirer le football universitaire vers le haut.
 
Le niveau s’est-il renforcé ou bien a-t-il régressé, que ce soit d’un point de vue physique, tactique et technique ?
Le niveau du football universitaire suit la même évolution que le football féminin en général puisqu’il devient plus homogène, de plus en plus d’équipes se structurant petit à petit et travaillant de plus en plus. Donc il est indéniable que le niveau va plutôt globalement vers une progression.

"Ne pas pouvoir défendre notre titre n’est pas un signe positif pour le football féminin"

Sylvain Blaise regrette que l'équipe de France féminine ne défende pas son titre aux Universiades cet été. (crédit: S.B.)
Sylvain Blaise regrette que l'équipe de France féminine ne défende pas son titre aux Universiades cet été. (crédit: S.B.)
Les Universiades débutent dans une dizaine de jours. Mais, vous ne défendrez pas votre titre avec l’équipe de France féminine. Pourquoi ?
Pour répondre à cette question, voici le communiqué de notre fédération : "Cette décision fait suite à l’impossibilité constatée de disposer des meilleures joueuses étudiantes, en raison d’un calendrier particulièrement défavorable cette année (l’événement ayant lieu fin août, au lieu de juillet lors des éditions précédentes) et au fait que les clubs de première et de deuxième division féminine, dont sont issues toutes les joueuses de l’effectif tricolore, seront en période de préparation et de reprise du Championnat aux dates mentionnées. Ce choix, effectué à regret, ne remet pas en question le partenariat ni le travail commun entrepris par la FFSU et la FFF pour le développement du football universitaire féminin et les regards sont d’ores et déjà tournés vers les trentièmes Universiades d’été, qui auront lieu en juillet 2019, à Naples".

N’est-ce pas regrettable de ne pas engager cette équipe ?
Ne pas pouvoir défendre notre titre est forcément une décision à regret, qui n’est pas un signe positif pour le football féminin en général. Surtout à deux ans de la coupe du monde féminine en France. j'ai donné ma position en interne mais c'est ainsi. Le plus important est de rebondir et de se projeter vers l’avenir, en établissant un projet sur les deux ans pour préparer les prochaines Universiades en juillet 2019 à Naples.

"La ferveur autour du football en France est souvent circonstancielle, et en réaction à des exploits"

Quel regard portes-tu sur le foot féminin, à deux ans de la coupe du Monde en France ?
Le football féminin devient de plus en plus homogène entre les pays, comme l’on a pu le constater lors du dernier Euro, où, comme dans le football masculin, de plus en plus d’équipes sont capables de rivaliser avec la plupart des équipes. Cela permet de mettre en lumière le travail qu’il reste à effectuer pour que notre équipe de France soit compétitive en 2019, au vu de ses prestations indéniablement décevantes lors du dernier Euro. Mais comme toujours le plus important est de bien analyser cet échec et de rebondir au plus vite.

Que faut-il améliorer pour que le foot féminin ait le même engouement que dans d’autres pays comme la Suède, l’Allemagne ou les Pays-Bas ?
Etant de nature très optimiste, je deviens malheureusement réaliste sur ce sujet-là et je pense que l’engouement est culturel selon les peuples et les pays. Pour avoir eu la chance de voyager, j’ai pu constater des engouements incomparables autour du football par rapport à nous, notamment chez des pays voisins comme le Portugal, l’Espagne, ou même l’Allemagne, l’Italie et l’Angleterre. Je pense que la ferveur autour du football en France est souvent circonstancielle, et en réaction à des exploits ou des grandes victoires. Elle est beaucoup plus ancrée dans les mentalités et la culture individuelle et collective. Mais mon optimisme habituel m’incite à penser que l’on peut toujours faire évoluer les choses, mais c’est un travail de très longue haleine sur ce point-là.

SYLVAIN BLAISE
Né le 4 septembre 1976 à Cayenne (Guyane Française)
Poste
- Enseignant d’EPS au service des sports de l’Université Paul Sabatier, responsable du football.
- Entraîneur FFSU (Fédération Française du Sport Universitaire) de l’équipe de France universitaire Féminine.
- Sélectionneur de la Séleccion Occitana de Fotbol féminine (AOF, Association Occitània de fotbol).
Parcours 
Joueur : Rodez (National 1-CFA1), Noisy-le-Sec (National), Entente SSG (CFA1), Rodez (DH), Toulouse Fontaines (CFA2), Muret (CFA2), La Roseraie (DH Foot Entreprise).
- Educateur/Entraîneur : Rodez (Ecole de Foot, 15 ans HL), Muret (entraîneur adjoint puis entraîneur D2 Fem avec montée en D1), TFC (D2 Fem), Equipes Universitaires féminines et masculines de l’Université Paul Sabatier (depuis 2009), Equipe de France Universitaire Féminine (depuis 2013, en cours de deuxième mandat jusqu’en 2020), Sélectionneur de la Séleccion Occitana de Fotbol féminine (depuis 2016).
Profession :
- Enseignant d’EPS au service des sports de l’Université Paul Sabatier, responsable du football.
- Directeur du Département du Sport de Haut Niveau de l’Université à compter du 1er sept 2017

Sylvain Blaise fête avec ses filles de Paul Sab la médaille de bronze obtenue aux championnats d'Europe universitaire à Porto en juillet dernier. (crédit: EUSA)
Sylvain Blaise fête avec ses filles de Paul Sab la médaille de bronze obtenue aux championnats d'Europe universitaire à Porto en juillet dernier. (crédit: EUSA)

Dennis Bergkamp

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