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D2 Féminines - Antoine GÉRARD (responsable projet formation TFC) : « Le foot féminin français a franchi un véritable palier »

Vendredi 13 Mars 2020

Il se fait plutôt discret dans le monde du football régional mais c’est en passionné de football féminin qu’Antoine Gérard, responsable du projet formation au sein de la section féminine du TFC nous accorde une interview pleine de sincérité sur la formation de nos élites de demain.


Antoine, peux-tu nous décrire ton rôle au sein du pôle formation de la section féminine du TFC mais aussi de ton rôle au sein du pôle de Rive Gauche au Mirail ?
Je suis arrivé il y a cinq ans au sein du club pour y prendre en charge les U13 féminines. Cette saison je suis responsable de la formation au sein de la section féminine du TFC. J’assure le suivi du projet rédigé et adopté par toutes les personnes ayant un rôle technique au sein de la section. Je suis aidé dans ma tâche par le responsable de l’école de foot (U7-U11), Stephen Faucon et par le responsable de la préformation (U12-U15), Gaëtan Querre. Emilie Gonssollin est responsable des seniors mais participe également activement au projet général. Je suis également responsable de la catégorie U19 composée de vingt-huit joueuses, treize faisant partie du pôle espoir de Blagnac et quinze faisant partie de la section sportive du lycée Rive Gauche. Je suis l’intervenant sportif de cette section sportive sur l’ensemble des quatre séances hebdomadaires (du lundi au jeudi) accompagné du responsable pédagogique de la section Jérôme Fournier et des intervenants spécifiques comme Aurore Gastal, le préparateur physique Jérémie Bourguet, le responsable des gardiennes de but Olivier De Dios, le médecin Alain Chesimard et l’ostéopathe Alice Woerth.
 
Que peux-tu nous dire sur la formation des féminines au sein du TFC ?
Pendant des années, le TFC (TOAC puis TFC) a occupé un rôle important dans l’élite seniors du football féminin français. Ce n’est plus le cas depuis quelques années où les moyens développés par de nombreux clubs français sur leur section féminine ont évolué à grande échelle. La formation reste cependant un enjeu central du club, chez les filles et les garçons d’ailleurs, et elle a pris un virage important depuis le passage de Franck Plenecassagne à la tête de la section féminine (2016-2018). L’idée est de mettre les filles dans les meilleures conditions d’entraînement, encadrées par des éducateurs(rices) diplômé(e)s (1 BMF et un BEF à l’école de foot, 1 BMF et 1 BEF à la préformation notamment). Le rythme d’entraînement a progressivement évolué, le nombre d’éducateurs(rices) en responsabilité des filles également, certaines joueuses ciblées sont intégrées dans les groupes d’entraînement des garçons. Le projet technique a été amélioré depuis quatre ans pour définir progressivement une continuité dans les apprentissages de catégorie en catégorie. Chaque membre de l’équipe technique est investi dans le projet global à 100%, conscient et consciente que le rôle de l’éducateur(rice) U10 est aussi important que le rôle de l’éducateur(rice) U18. Je conclurai en disant que chaque membre de l’équipe technique œuvre à la progression individuelle de chaque joueuse qu’il a en responsabilité et que cette mission est le cœur de son intervention. Le résultat du match du week-end importe bien moins que les paliers franchis par la joueuse semaine après semaine. J’espère pour le club et la section féminine que de nouveaux projets verront le jour dans les années à venir avec par exemple l’ouverture d’une section sportive au collège pour améliorer le double rythme sportif-scolaire des joueuses de la section.

"La médiatisation et la communication autour du football féminin permettent de casser les barrières"

Quel message voudrais-tu faire passer aux jeunes filles qui souhaiteraient s’investir dans le foot féminin dans les années à venir ?
Je pense que le blocage s’est longtemps situé dans la construction sociétale de la jeune fille qui n’était pas nécessairement orientée vers la pratique du football… Aujourd’hui, la médiatisation et la communication autour du football féminin permettent de casser les barrières et d’atténuer les réticences des familles à voir leurs filles pratiquer un sport connoté masculin. J’espère vraiment que cela pourra continuer dans ce sens et que les filles se bousculeront pour signer une licence dans des clubs toujours plus nombreux à vouloir promouvoir ce public.
 
Toi le Nantais d’origine, comment trouves-tu le niveau général de nos féminines tant dans les équipes de jeunes que chez les seniors dans notre région ?
Avec le TFC, Montpellier, Rodez, Montauban, Albi dans les championnats nationaux seniors, la région Occitanie présente un nombre important d’équipes « locomotives ».  Le football féminin est implanté depuis longtemps ici et sur un territoire assez étendu. J’ai rencontré depuis cinq ans beaucoup de personnes compétentes et investies qui permettent aux différentes sections de se structurer. Concernant le cas précis du Toulouse FC, je regrette cependant que les gens associent les résultats de l’équipe fanion à une mauvaise santé de la section féminine dans son intégralité. Je trouve ce constat extrêmement réducteur au regard du travail effectué par l’ensemble de l’équipe technique.

"Je regrette que les gens associent les résultats de l’équipe fanion à une mauvaise santé de la section féminine"

D’un point de vue plus général, quel regard portes-tu sur l’évolution du football féminin dans les années à venir ?
J’espère que nous allons poursuivre l’évolution positive en termes de licenciées. Une performance de notre équipe nationale féminine pourrait, au même titre que les garçons depuis 98, donner un coup de boost dans ce sens. J’espère que la médiatisation entamée sur les équipes de France (seniors et jeunes) et sur la D1 féminine attirera un public toujours plus nombreux même si, bien sûr nous regrettons toujours que ça n’aille pas assez vite. J’espère également qu’un jour des stades se remplissent pour des matches de D1 Féminine comme on a pu le voir dans certains championnats étrangers. Je reste dans l’espérance, enfin que les clubs croient de plus en plus en leurs sections féminines et qu’elles prennent place au cœur de chaque projet club.
 
Selon toi, quelles sont les axes d’amélioration que nous devons parfaire pour devenir une nation référente du football féminin ?

Je pense que le football féminin français a franchi un véritable palier dans sa pratique de masse. Néanmoins, ce que je peux remarquer après toutes ces années, c’est que les joueuses qui font aujourd’hui partie des équipes de France jeunes et seniors sont des filles passées en majorité par la mixité jusqu’à la fin de leur préformation et j’ai la crainte que la disparition totale de celle-ci ne fasse chuter le niveau de l’élite. À Toulouse nous avons fait cette erreur pendant quelques années de sortir les filles rapidement de la mixité mais progressivement nous avons aménagé une sorte de partenariat avec les clubs où nous avons observé de bonnes joueuses. Elles peuvent continuer de pratiquer avec les garçons tout en mettant un pied dans notre structure une ou plusieurs fois dans la semaine. Je ne dis pas que cette solution est l’idéal mais c’est le compromis que nous avons choisi pour continuer de faire évoluer notre projet de formation tout en continuant de travailler dans l’intérêt de la joueuse. Je pense enfin que les structures d’accueil des clubs et les moyens doivent continuer d’évoluer avec l’apparition des sections féminines pour que celles-ci puissent avoir des encadrant(es), des conditions et des horaires d’entraînements adaptés pour une pratique de qualité.
 
Recueillis par R.P.

Antoine Gérard pose avec Emilie Gonssollin lors de leur nomination à leur poste respectif. (crédit: TFC)
Antoine Gérard pose avec Emilie Gonssollin lors de leur nomination à leur poste respectif. (crédit: TFC)

Romain Peybernes

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