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En aparté / COVID19 - ITW Éric Adamkievicz (maître de conférence Université Paul Sabatier) : "La crise a fait apparaître la fragilité des clubs"

Lundi 20 Juillet 2020

En plus de paralyser le monde la crise du Covid-19 souffle un vent de panique sur les associations sportives de tous bords. Entre baisse des subventions publiques, apports des mécènes et sponsors en baisse, certains clubs se remuent les méninges afin de constituer leur budget futur. Éric Adamkiewicz, maître de conférence en management du sport et développement territorial à l'université Paul Sabatier Toulouse III, ancien directeur des sports de la ville de Grenoble nous fait une rapide analyse des problématiques économiques et structurelles pouvant être rencontrées par certains clubs sportifs amateurs en ce contexte particulier.


En aparté / COVID19 - ITW Éric Adamkievicz (maître de conférence Université Paul Sabatier) : "La crise a fait apparaître la fragilité des clubs"
Comment expliquer la baisse constante des subventions allouées aux associations sportives ?
Tout dépend des dotations données par l'État aux collectivités, ensuite ce sont ces collectivités qui font les répartitions, sachant que la ventilation des subventions est aussi liée aux moyens et souvent ce qu'on oublie, c'est que lorsque l'on fait les calculs dans la baisse des subventions, on oublie les subventions indirectes qui concernent notamment les équipements sportifs.
Pour les clubs cela n'apparaît pas, vous faites un terrain, un synthétique, qui sont des subventions indirectes et le problème c'est que la subvention directe elle, en euros, pour le fonctionnement du club peut effectivement diminuer. Par contre l'enveloppe générale pour les collectivités a elle aussi tendance à diminuer et si les coûts de fonctionnement des équipements augmentent, je dirais que mécaniquement il y a un risque que les subventions de fonctionnement des clubs diminuent aussi.
De plus, l'entretien des équipements n'est pratiquement jamais effectué par les clubs donc c'est une subvention indirecte donnée aux associations sportives et aux clubs. Par contre là où effectivement le bat blesse c'est que les clubs sont habitués de fonctionner avec des budgets de fonctionnement qui arrivaient des subventions municipales et celles-ci sont en baisse. Et il y a un phénomène qui n'est quasiment jamais perçu c'est que plus un équipement dans lequel ils sont vieillit, plus les coûts d'entretien sont élevés et ça peut expliquer aussi mécaniquement pourquoi les subventions directes diminuent.
Ceci fait que l'enveloppe globale pour le club est identique de la part de la collectivité mais le club lui, voit une diminution de subvention alors que finalement l'équipement coûte plus cher à la collectivité. C'est tout le problème d'avoir des équipements sportifs qui sont mis à disposition par les collectivités. Les clubs considèrent que c'est normal et que ce n'est pas à eux d'entretenir l'outil. S'ils avaient une subvention globale pour le fonctionnement de l'équipement leur modèle économique changerait radicalement, de mon point de vue.

En quoi la crise du Covid 19 peut-elle être déterminante dans le futur pour l'attribution de subventions ?
Alors ça je ne sais pas... Je ne suis pas élu en charge de la ventilation des subventions. Ce que cela fait toutefois apparaître c'est la fragilité des clubs, surtout ceux qui ont des salariés. Ça montre bien que les clubs sont fragiles dans leur fonctionnement parce que là ils ne pouvaient ni avoir accès à des équipements dont ils ne sont pas propriétaires, ni développer leur activité et l'autre aspect qui est sorti très fort. C'est que pour les clubs amateurs une grosse partie de leur encadrement est rémunérée, même de façon indirecte via des indemnités kilométriques ou un système qui convenait alors à tout le monde. Et là d'un seul coup les encadrants ont perdu une grosse partie de leur rémunération parce que eux ne pouvaient pas être considérés en chômage partiel. C'était de l'indemnité et là on se rend compte qu'il y a un paquet de salaires masqués et d'emplois masqués qui ont beaucoup souffert de la crise.


"S'il y a une baisse des subventions c'est-à-dire qu'il y a une diminution de la part des collectivités, il va donc falloir qu'ils augmentent leur financement « autre »"

Suite aux problèmes économiques rencontrés par les sponsors de ces associations l'État peut-il être le garant de ces dernières ?
On parle toujours de sponsors mais je pense que la majorité d'entre eux fonctionnent comme des mécènes. En théorie le sponsor donne de l'argent pour de la visibilité. Quand vous êtes dans le cas de la "supérette" du coin, duboucher ou encore du garagiste il est plus dans une logique de participation à la vie du club, c'est un engagement qui est plus proche du mécénat que du sponsoring. Ça me paraît important de le rappeler parce qu'à chaque fois on parle de sponsoring alors que le buraliste qui donne 200€ au club de basket ou de football du coin, il n'espère pas avoir un retour, c'est vraiment un geste de mécène, il aide le club local.
Par contre ce qui va effectivement coincer et c'est le débat en ce moment qui est actuellement proposé, c'est l'augmentation de l'exonération dans le cadre du mécénat à 66%. Il y a même un député qui a proposé que 80% soient déductibles des impôts au lieu des 66% aujourd'hui. Mais le problème c'est que l'on va avoir effectivement tous les participants financiers, que ce soit les sponsors ou les mécènes du club qui vont avoir moins de moyens, mettant les clubs en difficulté et qui vont se retourner vers les collectivités et là selon moi, les collectivités devront faire des choix. Est-ce que les sports seront prioritaires ? Je n'en sais rien, la culture est dans le même cas. De plus, je rappelle que le sport et la culture sont des compétences partagées mais pas obligatoires, par contre ce sont des outils politiques importants au niveau d'un territoire donc les élus vont à mon avis se casser la tête.

Dans le cadre d'une baisse des aides pour les associations, quel doit être le futur modèle financier de ces clubs ?
Pour moi la solution c'est l'autofinancement et ça pose le problème du coût réel de la pratique sportive. En France on ne paye pas le coût réel de la pratique, on est sur du sport hyper-subventionné et c'est la raison pour laquelle je pense que la solution pourrait être simpliste. C'est l'arrêt total des subventions directes et indirectes aux clubs professionnels et le transfert des sommes reçus par ces structures vers le sport amateur, ça libérera des budgets.

Quelles sont les solutions que doivent engager les associations pour parer à ces baisses de subventions ?
S'il y a une baisse des subventions c'est-à-dire qu'il y a une diminution de la part des collectivités il va donc falloir qu'ils augmentent leur financement « autre ». En somme, soit c'est l'adhérent qui va payer plus cher, soit ces associations devront trouver d'autres mécènes pour augmenter leur budget. Troisième solution, réduire leurs coûts. ça peut être le personnel, qu'il soit salarié ou indemnisé et ça pourrait même aller jusqu'à la diminution d'équipes ou d'inscriptions.
 


Eric Adamkiewicz (crédit photo : acteursdusport.fr)
Eric Adamkiewicz (crédit photo : acteursdusport.fr)

Mohamed Ansseur

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