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En aparté - Les confidences de coach... Jean-Louis FAURE

Vendredi 15 Mai 2020

A partir d'aujourd'hui, une rubrique apparaît sur Footpy avec les confidences des entraîneurs de la région. Pour cette première, nous vous proposons un entretien avec le coach Jean-Louis Fauré, qui évoque avec nous la préparation et le management des joueurs.


Jean-Louis, qu'est-ce qui a le plus changé en termes de préparation ces dernières années ?
Aujourd'hui, l'entraîneur doit être un tacticien, un super préparateur, un meneur d'homme et comme dirait Bibi Andres un psy... Ce qui a le plus changé, c'est la nécessité de staff. Même en amateur. Impossible de travailler seul. Ou alors, on est un animal.C'est d'ailleurs ma plus grosse erreur. Dans mes premières années de coaching, j'aurais dû davantage m'appuyer sur certains plutôt que de vouloir travailler avec un seul adjoint avec qui je ne partageais pas toujours assez. Ce n'était pas à la mode et je n'ai pas su être novateur... On était très marqué toujours par Gérard Rabier qui était quasiment le seul maître à bord sur le sportif à Muret et dans les formations à la FFF. On nous apprenait que le coach principal devait tout maîtriser y compris dans le club. C'est une connerie. Même à plein temps, c'est impossible. Un coach principal doit déjà manager son staff, le mettre en valeur, travailler en équipe y compris avec les hommes de l'ombre. Plus gérer ses joueurs...La réussite de Christophe Pelissier, c'est d'avoir su mettre en valeur et fidéliser son staff. De grandir et de les faire grandir. Un modèle... Ces dernières années, j'ai pris beaucoup de plaisir à bosser en binôme (merci Coco Duchein), avec des directeurs sportifs fiables (José Gomez ou JP Bonnet), ou des coachs plus ou moins jeunes (Seb Lasserre, Momo Bouamama, Idriss Hassini, Johan Rini, et tous les autres de Pablo à Brice). On s'enrichit à plusieurs... Et ils m'ont beaucoup appris... 

Quel est votre regard sur l'évolution de la préparation physique ?
Pour revenir à la préparation physique, il y a l'effet Cristiano Ronaldo. Tous les joueurs pros font maintenant des séances supplémentaires avec des préparateurs personnels. Et dans leur sillage les amateurs aussi. À Muret, presque tous les joueurs seniors allaient à l'Iteps au moins une fois par semaine pour un excellent travail personnalisé. Je croise des joueurs pros ou amateurs à SPC à Tournefeuille qui viennent affiner leur préparation physique. Vous avez Laurent Arbo ou Hervé Escourrou à l'Iteps (qui s'occupent de champions du monde de boxe ou de clubs de Top 14) ou Baptiste Hamid à SPC (qui gère Issa Diop et qui était le préparateur du TFC) qui prennent en charge vos joueurs ou vous-même. Ces structures c'est du très haut niveau pour tout le monde. Si dans le même temps l'entraîneur ou le préparateur physique du club proposent des trucs très moyens, ils perdent vite leur crédibilité. Les joueurs ont longtemps été très passifs par rapport à leur préparation physique. Aujourd'hui, beaucoup sont de vrais interlocuteurs qui font du renforcement, de la mobilité, des programmes d'explosivité. Et sur les réseaux sociaux on voit les Doukaini, Diaz Rodriguez ou Baghdad faire des séances supplémentaires. Sans parler des agents qui sollicitent des séances spécifiques pour les jeunes dont ils s'occupent... La préparation physique avec l'usage de la data (GPS) qui permet de mesurer et de quantifier les charges de travail a connu une véritable révolution en 10 ans. Avant la reprise en juin, les pros font dans ces salles des séances de vivacité avec des échelles de rythme alors que les préparations classiques ne privilégiaient que l'endurance capacité les premières semaines... Merci d'ailleurs à Baptiste Hamid pour les remises à niveau qui étaient plus que nécessaires...  


Jean-Louis Fauré aime partager et apprendre avec ses collègues, comme ici Jean-Marie Stéphanopoli. (crédit: WH / Footpy - archives)
Jean-Louis Fauré aime partager et apprendre avec ses collègues, comme ici Jean-Marie Stéphanopoli. (crédit: WH / Footpy - archives)

"Les joueurs sont les acteurs principaux et il faut les faire adhérer au projet"

Existe-t-il un autre secteur qui vous semble avoir beaucoup changé ?
Oui, il y a un autre axe en nette évolution : la prophylaxie (ou anticipation des blessures). Il est nécessaire de constituer un staff médical (même à plus bas niveau) pour déjà soigner plus rapidement les blessés mais aussi pour avoir des interlocuteurs pour prévenir les blessures. Par exemple à Muret au début de l'hiver, on essayait de généraliser un travail spécifique sur les ischios pour prévenir les déchirures. Et chez les jeunes des routines d'avant entraînement de proprioception pour prévenir les entorses et en particulier les ruptures de croisés... Nous pouvons disposer de matériel très simple pour bosser efficacement dans les clubs...
 
Qu'en est-il du management ?
Le management des joueurs est vraisemblablement la chose la plus intéressante que nous ayons à gérer. Même si j'en ai encore beaucoup au téléphone, les joueurs et les coachs me manquent encore plus que le football. Le football c'est un prétexte pour rencontrer de l'humain. Je crois qu'aujourd'hui on ne peut plus s'inscrire dans un management autocratique. Le club, l'institution c'est le plus important certes, mais il faut faire en sorte que les joueurs se sentent bien dans cette institution. Les joueurs et tous les membres du club d'ailleurs. Une équipe c'est une copropriété. Les joueurs sont les acteurs principaux et il faut les faire adhérer au projet. Je crois beaucoup au management participatif. Cela a d'ailleurs été source d'incompréhension avec certains qui étaient beaucoup plus pour un fonctionnement vertical. Si le joueur est impliqué dans un projet personnel et collectif, il y a de fortes chances qu'il soit meilleur. Bien sûr qu'il faut être capable de sanctionner si quelqu'un ne joue pas le jeu. Mais dans un premier temps, il faut créer le dialogue et essayer de comprendre ce qui a poussé le garçon à ne pas faire comme attendu. Virer un joueur est beaucoup plus facile que de le faire adhérer et donner sa pleine mesure. Avoir du leadership, c'est tirer la quintessence du plus grand nombre. Aujourd'hui, le discours collectif ne suffit plus. Les adolescents ou les adultes ont besoin de discours personnalisé. Le speech du coach d'une demi-heure avant le match ne sert pas à grand-chose. Il vaut parfois mieux faire le tour de tous ses joueurs en posant une main sur l'épaule comme Klopp ou Villas-Boas et en donnant quelques consignes que de s'adresser au collectif. Au-delà, il est prouvé qu'au bout de 10 minutes, un intervenant doit surprendre ou changer quelque chose s'il veut maintenir l'attention de son auditoire. L'individu est plus centré sur lui-même qu'avant. Je me souviens d'un de mes attaquants qui pleurait après un nul contre le PSG II au Camp des Loges. Il n'avait pas été bon à son goût contre son club de cœur…Il y a 25 ans, il aurait pris une gifle d'un de ses équipiers... Aujourd'hui, les leviers de motivation sont individuels : il n'y a qu'à écouter le discours de joueurs offensifs qui expliquent qu'ils seront meilleurs individuellement si tout le monde fait le travail à commencer par eux-même. Le coach les a persuadés de l'intérêt de bosser pour les autres en valorisant l'intérêt qu'ils y trouvent.  « Si tu es tout de suite dans le contre pressing, on récupérera le ballon plus haut, tu feras moins d'efforts et tu marqueras plus de buts ». Avant, il suffisait souvent de dire, on sera meilleurs...
 
Un petit mot pour la fin ?
Je profite de cette fenêtre pour embrasser virtuellement tous les amis du football confinés ou qui bossent pour nous. Avec une pensée spéciale pour ceux qui sont dans la peine. À bientôt au bord des terrains.

Jean-Louis apporte son oeil aiguisé sur le coaching. (crédit: Xavier de Fenoyl / DDM - archives)
Jean-Louis apporte son oeil aiguisé sur le coaching. (crédit: Xavier de Fenoyl / DDM - archives)

Julien MUNOZ

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