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L'ITW du président - Éric FIGAROL (Boulogne Péguilhan) : "Nous affichons avec fierté nos racines rurales"

Jeudi 12 Mars 2020

À la suite de l'article consacré à Giuseppe Laversa (Pibrac) il m'a semblé intéressant de rencontrer un autre président reconnaissable à son crâne bien rasé. Ce n'est pas sa seule particularité. Rencontre avec Éric Figarol président de la BP (entente Boulogne-sur-Gesse et Péguilhan).


Pouvez-vous vous présenter ? 
Éric, quarante-quatre ans, papa d’une gardienne de but Lola, évoluant en U15 à Save-Gesse. J’ai débuté le football à Cornebarrieu, puis fait toutes mes classes jeunes à l’ASPTT de Toulouse, pour muter ensuite vers Boulogne-Péguilhan à l’age de dix-huit ans. Joueur quand le physique le permet (c’est rare) et quand il manque de monde (encore plus rare), j’occupe le poste de président du club depuis onze saisons maintenant et reste motivé comme aux premiers jours.

Vous en êtes président, pouvez-vous présenter le club ? 
C’est un club qui se veut à la fois familial et ambitieux. Nous comptons cent-trente-six licenciés (quatre-vingt-deux garçons, vingt-trois filles, deux arbitres, et donc vingt-neuf dirigeants, staff technique inclus) et bon nombre d’amis. Nous sommes au centre d’une zone Toulouse, Auch, Tarbes, Saint-Gaudens, donc on pourrait dire « un peu loin de tout » c’est vrai et pour autant c’est aussi et peut-être là notre plus belle force. Boulogne AC et US Péguilhan ont fusionné en 1993, et cette fusion est une vraie réussite. II n’y a qu’un seul et même club. Les dirigeants de l’époque avaient fait un remarquable travail, nous en récoltons les fruits encore et toujours aujourd’hui. Nous affichons avec fierté nos racines rurales.  La jeunesse locale reste notre priorité et si les joueurs/joueuses locaux démontrent l’envie de progresser et faire progresser le club, toute notre confiance leur est donnée. Soixante-dix pour cent de l’effectif du club est composé de joueurs issus de l’École de Foot Save Gesse. C’est une marque de fabrication.

Je suppose que le club n'a pas de gros moyens financiers. Vous réussissez pourtant à maintenir un niveau plus qu'acceptable. Quelles sont vos recettes si vous acceptez de les révéler sans livrer les méthodes aux autres ?  
Nous faisons effectivement office de petit Poucet chaque saison (mille six cents habitants pour Boulogne et deux cent-vingts pour Péguilhan). Nous sommes comme beaucoup dépendant de fond public (mairies) et de partenaires privés. Nous développons d’ailleurs ce secteur depuis peu de temps, en ayant créé le « village partenaires » et réalisés quelques soirées ayant pour but la rencontre et l’échange autour du football et des partenaires locaux. Nous faisons en sorte de travailler sur certaines valeurs qui nous sont chères. Le respect, la solidarité, la famille, le plaisir, le travail et l’ambition. Les joueurs/joueuses sont tous « logés » à la même enseigne, qu’il (elle) soit issu(es) de Save Gesse ou récemment recruté(e) d’un tierce club. Notre force et ce quelle que soit l’équipe reste le groupe et seulement le groupe. Nous avançons certes moins vite que d’autres, et je pense que nous avançons à notre juste vitesse, en respectant ces valeurs-là. Le respect des fondations est essentiel à notre projet. Après tout peut aller très vite donc nous restons vigilants et la vérité d’aujourd’hui ne sera peut-être pas la vérité de demain.

Eric Figarol très proche de l'US Colomiers depuis de nombreuses saisons a signé un partenariat avec le club de N2 en début de saison.
Eric Figarol très proche de l'US Colomiers depuis de nombreuses saisons a signé un partenariat avec le club de N2 en début de saison.

"Nous travaillons sur le local et le fait de faire jouer en priorité des joueurs/joueuses du cru, permet aux artisans, commerçants, entrepreneurs locaux de s’identifier" au club, et ainsi nous accompagner dans notre développement."

Quelles sont les actions que vous renouvelez chaque saison pour récolter des fonds qui permettent au club de vivre ? 
Comme je le mentionnais plus haut nous développons les partenariats privés. Nous travaillons sur le local et le fait de faire jouer en priorité des joueurs/joueuses du cru, permet aux artisans, commerçants, entrepreneurs locaux de s’identifier au club, et ainsi nous accompagner dans notre développement. La création l’an dernier du « village partenaire » et le succès rencontré, démontre que certaines valeurs (partage, travail, plaisir) vont de paire avec les valeurs de nos partenaires. Je remercie les gens du club qui sont très investis dans cette tâche. Merci aussi aux deux mairies de Péguilhan et Boulogne de maintenir leur niveau d’investissement, et ce malgré les difficultés actuelles de ce genre de petites communes. Pour être totalement transparent, la buvette reste aussi une source…. de revenus non négligeable tout en ayant la boisson à un euro.

Tous les ans à la fin des vacances et avant la reprise des championnats vous organisiez des rencontres de haut niveau avec des formations de National. Comment était venue l'idée d'une telle manifestation, et que vous apportait-t-elle ?
Hélas depuis deux ans notre terrain ne permet plus de recevoir ce genre de rencontres. Cet hiver encore, on ne déroge pas à la règle, et sans un travail d’entretien du terrain, il me semble compliqué d’accueillir ce genre de rencontre. Je le regrette très profondément. C’était un plaisir que d’offrir aux amoureux du football du coin de tels matchs (Colomiers, Tarbes, Pau, Blagnac, TFC II). L’idée était venue d’une discussion avec mon ami "Memed" (Ait-Ali). Organiser un match Colomiers/Tarbes ou Colomiers/Pau faisait faire moitié chemin à chacune des équipes. Puis, chaque année chacun avait l’habitude de venir à Boulogne affiner sa prépa. Pour notre plus grand plaisir. Nous prenions soin de bien les recevoir. L’entrée était gratuite, seules une bourriche et une buvette remplie nous permettaient d’en ressortir quelques sous. 

Organisez-vous un tournoi de fin d'année ? Si oui, peut-être voulez-vous en profiter pour lancer un appel aux formations qui pourraient être intéressées en nous donnant la date ?  
Le club, l’amicale des joueurs et l’école de foot Save Gesse organisent conjointement chaque année un tournoi de sixte (le trophée Pepone) qui se veut surtout convivial et festif. L’intégralité des bénéfices est reversée à une association caritative « Les mains de Mathilde ». Cette association a pour but de venir en aide aux parents ayant un bébé en difficulté physique ou mentale. C’est une association extraordinaire qui fait des miracles en terme d’accompagnement des parents et enfants. Notre premier supporter "Maxou", fait partie de cette association. Au travers de cet engagement, nous mettons des actes sur nos valeurs, de respect de solidarité et d’esprit de famille. La date du tournoi est à définir, je pense que je vous solliciterai pour nous faire un peu de pub à ce moment-là !  

Vous avez quatre équipes seniors. Cela ne pose-t-il pas des problèmes de logistique (entraînements, encadrement) ?
Cela nécessite effectivement quelques aménagements (terrains) et l’agrandissement de notre staff technique et accompagnateur. Nous sommes passés de trois équipes à cinq équipes (une équipe IV, et une féminine) en un été. Nous savions que la mise en place serait compliquée, que ce soit en matériel (terrain principalement) et humain (surtout nous assurer que les nouveaux venu(e)s adhèrent au projet et se calquent sur le fonctionnement actuel du club). Cette difficulté n’étant pas une surprise, nous avons pu nous adapter (à notre rythme) et il reste encore bien sûr des choses à faire et à régler. Étant tous bénévoles cela prend un peu de temps et nous gardons le sourire. Lorsque la force reste celle du groupe normalement, tout se passe pour le mieux (ou le moins pire).

Eric Figarol un président multicartes au service de son club et de ses villages
Eric Figarol un président multicartes au service de son club et de ses villages

"Notre priorité (encore pour deux ans) reste la mise en place d’une atmosphère, d’une mentalité au cœur de cette équipe."

Votre équipe fanion est actuellement première de la poule D de R3 dans la continuité de la saison précédente où elle a fini quatrième. L'accession est-elle un objectif immédiat ? 
Nous sommes à l’heure actuelle premiers oui. La montée n’est pas cette année un objectif en soit. Nous venons de nous lancer dans un projet à trois ans qui à terme devrait aboutir sur une montée en R2. Notre souci premier était de nous stabiliser en R3 avant de nous projeter en R2. Le moment est venu si nous sommes toujours premiers en mai, on ne refusera pas la montée. Ne pas monter ne serait pas pris comme un échec. Nous avons eu quelques blessés comme beaucoup de monde en cette période hivernale. C’est notre équipe 3 qui s’en retrouve quelque peu amoindrie. Nous sommes un club familial ou l’entre-aide entre chaque équipe n’a jamais été un souci, quelle que soit la situation, le projet club reste la priorité de chaque licencié. J’attache énormément d’importance à cela. Nous mettons là aussi des actes sur la valeur « famille » et « solidarité ». Il y a de très beaux groupes 2 et 3 cette saison et cela permet aux groupes 1 et 2 de rester compétitifs en cas de problème d’effectif.

Le Comminges est situé un peu à l'écart et vit un peu en autarcie (du moins jusqu'à récemment). N'était-ce pas un peu compliqué à vivre au quotidien ?
Il y a quatre ans de cela j’avais annoncé qu’à un moment donné il nous fallait être du bon coté de la barrière. Par chance, nous y sommes. Le football en Comminges est un sujet qui me tient a cœur. J’avoue être très inquiet pour ce football là. La fusion administrative avec le district de Haute-Garonne était inévitable et même nécessaire. J’aurais aimé qu’il n ‘y ait pas de fusion sportive. Oui le foot en Comminges était déjà en danger avant cela. Cette fusion sportive accélère (à mes yeux) une issue certaine et programmée. Si vous avez deux minutes jetez un œil sur le classement des poules mixtes (ex 31C et ex 31HG) D1 / D2B / D3B. Le constat est à la fois rapide et terrible. Avant la fusion il y avait douze équipes du Comminges en Excellence (D2), aujourd’hui on en compte sept et trois risquent de descendre. En première série (D3) nous comptions douze équipes aussi, aujourd’hui on en compte quatorze, mais cinq risquent de descendre (3 pour sûr). Il y a un tassement vers la D4 et D5 certain.

Comment motiver un groupe qui va se retrouver avec des ex31HG, et leur dire que l’objectif est la montée ? Comment motiver un groupe s’il n’y a pas d’objectif atteignable ? 
Au quotidien, nous continuons de nous battre avec nos armes, et nous sommes têtus dans le Comminges. Les fidèles bénévoles que comptent nos clubs font un travail extraordinaire. Il est urgent de les préserver. J’espère surtout une prise de conscience de nos instances suivie d’actes concrets. Ces actes doivent viser à redynamiser le football dans ce secteur, séduire les jeunes, les parents et les bénévoles. Pendant que la FFF prône le « foot marché » nous faisons face à de graves difficultés, et surtout une perte de licences conséquente alors que nous sommes tout fraîchement auréolé d’une seconde étoile. Il est nécessaire que la FFF vienne écouter la problématique de la base.

Vous avez tenté le pari d'une équipe féminine, projet qui vous tenait à cœur depuis pas mal de temps. En retirez-vous ce que vous en attendiez ? 
Nous avons fait plus que tenter, nous sommes parvenus à remonter une équipe de féminines à Boulogne. C’est un projet qui tenait à cœur à beaucoup de monde à Boulogne oui. Save Gesse réalise un travail extraordinaire avec les jeunes filles et garçons (et je voudrais féliciter et remercier Daniel Suzanne, Muriel Cottet pour ne citer qu’eux). Créer une équipe féminines est la continuité de leur travail. Bon nombre de filles sont en U15 et U18 cette année, il nous paraissait normal de créer l’équipe dès aujourd’hui avec un mix de filles d’expérience (elles se reconnaîtront) et de jeunes débutantes afin de préparer au mieux l’arrivée de ces jeunes. Là aussi il faut que les choses se mettent en place. Cela prend du temps et c’est tout à fait normal, les filles doivent apprendre le fonctionnement du club, et nous devons apprendre le fonctionnement des filles (j’en ai une à la maison, c’est pas pareil que vingt-trois). Notre priorité (encore pour deux ans) reste la mise en place, d’une atmosphère, d’un mentalité, au cœur de cette équipe. Nous y travaillons et tout le monde prend conscience que tout n’est pas encore réglé et ajusté.  Je suis systématiquement heureux quand je vois des filles confirmées prendre plaisir à évoluer avec les filles débutantes. L’ambiance fait vraiment plaisir à voir et je remercie les dirigeants et dirigeantes qui de façon régulière suivent ce nouveau groupe pour les mettre dans les meilleures conditions. Cerise sur le gâteau les résultats sont bien au-delà des espérances. Je n’attendais pas autant d’enthousiasme autour de cette équipe. Tout reste fragile donc cette jeune équipe comme l’autre nouvelle équipe BP4 sont au centre de nos préoccupations. Nous travaillons sur le long terme avec cette équipe de BPF. 

Qu'avez-vous envie de nous faire partager au sujet de votre club ?
Si vous me laissez la parole avec ce genre de question on n’est pas couché. Je pourrais vous dire dix-mille choses, je vais simplement reprendre des mots que j’ai entendus il y a peu de temps provenant d’un joueur du coin arrivé récemment au club: « je m’étais trompé sur l’image de club. Depuis l’extérieur, beaucoup de choses sont dites, et maintenant que je suis ici je regrette de ne pas être venu bien plus tôt ». Pour terminer je souhaite remercier tous les gens qui font le club de la BP, les joueuses, les dirigeantes, les joueurs, les dirigeants, le staff technique, les cuisiniers, les traceurs, les accompagnateurs, le bureau, le comité directeur, les mairies, les partenaires, et enfin, tous nos amis. Une belle et grande famille. Je profite de l’occasion pour adresser notre soutien au club de Colomiers et souhaite un prompt rétablissement au coach des U10. J’espère que l’immense majorité de passionnés que nous sommes saura faire taire cette minorité d’intrus qui n’ont rien à faire dans le football.  Relever le curseur de l’élitisme dans notre football jeune me parait être une urgence. Bonne fin de saison à toutes et tous. 

Eric Figarol est satisfait du travail accompli jusque-là par ses deux entraîneurs. (crédit photo DDM)
Eric Figarol est satisfait du travail accompli jusque-là par ses deux entraîneurs. (crédit photo DDM)

J.J.E

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