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L’ITW du président / Plaisance All Stars – Mehdi CHOUARI : « Mettre l’accent sur la structuration »

Jeudi 21 Mai 2020

Le 3 mai dernier, le Plaisance All Stars fêtait ses 10 ans. Son co-président et créateur Mehdi Chouari nous explique quelle philosophie il a voulu appliquer en 2010 à son club et quelles recettes l’ont mené en 2015 à l’accession en D2, où il est solidement ancré aujourd’hui. Le chef d’entreprise pose aussi un regard sans concession sur l’état du futsal régional et explique pourquoi il faut rester vigilant sur l’évolution de ce sport-loisir (par W.H.).


Qui êtes-vous Mehdi Chouari ?
J’ai 29 ans et je suis le président-créateur du club de Plaisance. Dans la vie civile, je suis chef d’entreprise. Je suis originaire de la région, j’ai été formé au TFC et en DH j’ai joué à Cugnaux sous les ordres de William Prunier. Je l’ai ensuite suivi à Colomiers et j’ai choisi d’arrêter le foot en herbe pour le futsal. Ce qui était au début un loisir avec les amis s’est transformé en passion au point de créer notre club.

Pourquoi et comment avez-vous fondé le Plaisance All Stars FC ?
On avait essayé de jouer dans un autre club avec mes amis à Plaisance, mais on s’était vus refuser l’entrée. Alors on a choisi de monter notre propre club et la mairie nous a épaulés. Chaque année nous avons pris du galon jusqu’à arriver en DH. Nous avons alors tous pris la décision d’arrêter le football pour se consacrer uniquement au futsal avec l’ambition de monter en Division 2.

Quel est le bilan de ces 10 ans ?
Ça passe très vite ! C’est quelque chose d’incroyable d’avoir pu enchaîner 5 saisons en D2 depuis notre montée. Notre budget ne paie pas de mine et la compétition est très rude dans des poules de 10 avec deux voire trois descentes. Peu de clubs arrivent à se maintenir ainsi. Donc forcément le bilan ne peut être que positif malgré les problèmes rencontrés sur le chemin. Nous étions trois jeunes qui ne savaient pas comment monter une association. Aujourd’hui nous sommes 150 licenciés.

Quels souvenirs en gardez-vous, qu’ils soient bons ou mauvais ?
Ce sont des belles rencontres que je retiens. Les personnes qui nous ont aidé à développer le club sont aujourd’hui devenus des amis. Je pense à la moitié des adhérents, des bénévoles qui sont très proches. En 10 ans forcément il y a eu quelques pépins, mais je ne retiens que le positif.

Cela fait 5 saisons que vous êtes en D2, vous attendiez vous à cette performance ?
Dès le début nous avions cet objectif de performance, de découvrir le haut niveau. C’est arrivé rapidement. Et au fil des années, notre mentalité a changé : il fallait mettre l’accent sur la structuration du club, développer l’école de futsal, les arbitres, les diplômes, les relations avec les instances, la recherche de sponsors etc...

Vous êtes aussi joueur, comment conciliez-vous les deux rôles ?
Je me repose énormément sur mon associé Gilles Coulongeon. Il était notre premier sponsor à la création du club et aujourd’hui il est co-président avec moi. Il gère le côté administratif et moi le côté sportif. Je commence à me faire vieux et j’ai de moins en moins le physique pour tenir la comparaison avec la relève. Alors je continue à jouer pour l’instant, mais je suis moins important dans le jeu. Et je suis content de voir que derrière les jeunes poussent et progressent fortement.
 

Plaisance à ses débuts en 2010 (crédits: PAS)
Plaisance à ses débuts en 2010 (crédits: PAS)

« Le futsal va mal »

Quelles sont vos relations avec le coach Ryad Abani ? Qui a les derniers mots sur les recrutements ou la formation des groupes ?
Avec Ryad, et Farid Moftaqir qui l’épaulera l’année prochaine, on s’appelle tous les jours pour discuter des recrutements, trouver des solutions et prendre la décision ensemble. Par contre pour les matches, je n’ai aucun mot à dire, c’est le coach qui choisit. S’il ne veut pas me faire jouer, je ne joue pas et il est totalement libre de ce point de vue. S’il a besoin de conseils, je peux lui en donner, mais ça ne va pas plus loin.

Que pensez-vous du développement du futsal dans la région ?
Ça va assez mal selon moi. En terme de licenciés ça va plutôt bien, le futsal dans la région prend de l’importance, mais pour la façon de faire ça se développe mal. Bruguières est au-dessus de tout, ils sont bien structurés et il n’y a rien à redire. Mais pour les autres clubs, je pense que ça part dans une mauvaise direction. Quand j’entends aujourd’hui que des clubs de R1 proposent des primes à 700 ou 800 € aux joueurs de leur niveau, c’est aberrant. Ils cassent le futsal parce que les joueurs se prennent pour n’importe qui. Derrière la structure ne suit pas. Nous en montant de DH en D2, personne n’était payé. Ces clubs font les choses à l’envers. Il faut du bon sens ! Peut-être qu’ils pensent que mettre autant d’argent profite au développement du futsal mais ça ne fait que le dénaturer.

Cela vous nuit-il particulièrement ?
Aujourd’hui quand on contacte des jeunes de 19 ans pour leur offrir l’opportunité de jouer en D2 et que la première de leur demande c’est « Est-ce qu’il y a des fixes et des primes de match ? », c’est catastrophique. Moi quand j’ai pu jouer en DH au foot en herbe, je savais que c’était une chance et je ne savais rien des primes de match parce que ça ne m’intéressait même pas. Aujourd’hui sans aucun match de niveau national dans les jambes, certains veulent déjà être payés. C’est fou ! Nous avons des principes clairs : ceux qui veulent nous rejoindre doivent penser à autre chose que l’argent. On ne veut pas de mercenaires. Quand on vient au Plaisance All Stars, c’est pour le projet et le maillot. Bien sûr il y a des défraiements, mais on ne devient pas riches avec le futsal.

Même à votre niveau en D2 ?
Tout à fait et c’est ce que j’ai envie de dire à tous les clubs : même en D2 on dépense plus d’argent qu’on en reçoit ! Ce n’est pas un championnat de pros, il n’y a pas d’argent ! Il ne faut pas prendre le futsal pour autre chose que ce qu’il est : un loisir. Chaque année nous perdons de l’argent, le président en tête. C’est pour ça que depuis un ou deux ans, on se referme un peu sur nous-mêmes pour se différencier de la mentalité qui circule tout autour.

... Plaisance aujourd'hui, en Division 2 (crédits : Footpy / WH)
... Plaisance aujourd'hui, en Division 2 (crédits : Footpy / WH)

« Plaisance doit devenir un exemple »

C’est-à-dire que vous n’ambitionnez pas la montée en première division pour tout de suite ?
Contrairement à la plupart des clubs de la région toulousaine, on ne met pas la charrue avant les bœufs : pour monter il faut un projet et les finances. C’est-à-dire un budget de 300 000 € environ pour monter en Division 1 et y rester. Et aujourd’hui on ne l’a pas. Alors on se contente de notre place et on y est très bien ! La D2 c’est notre niveau, dans tous les aspects. Pourquoi parler de montée quand on n’a pas la structure pour ? Le vivier de joueurs futsal dans la région est très bas. Très peu ont le niveau pour la D2. Et nous n’avons pas les moyens de faire venir des joueurs de l’étranger. Donc clairement, non ce n’est pas d’actualité.

Estimez-vous que la décision de la fin des championnats était la bonne ? Auriez-vous préféré un autre dénouement ?
Sincèrement, quand il y a plus de 20 000 morts dans un pays, on ne pense pas au foot. Qu’ils prennent cette décision ou une autre, je m’en foutais complètement. Je sais que nous n’étions pas en danger avec 6 points d’avance sur le premier relégable, mais même au-delà de ça, ça me dégoûte d’entendre des présidents ici et là qui réclament des traitements différents et qui se plaignent… Alors même qu’on vit une crise sans précédent dans la santé et dans l’économie. Le foot passe tellement au second plan qu’on n’a pas d’autre intention que de respecter les décisions et passer à autre chose.

Qu’avez-vous fait pendant cette longue trêve forcée et comment reprenez-vous (ou reprendrez-vous) le chemin des terrains ?
On a vraiment tout arrêté. On savait très tôt qu’il ne fallait pas reprendre dans cette situation. Je savais que le futsal n’allait pas reprendre. Après des vacances, parce qu’on a tous besoin de souffler, on va se remettre progressivement à la préparation. Peut-être que la saison reprendra début août, plus tôt que d’habitude, mais cette préparation sera sans doute plus longue aussi. Pour l’année prochaine on garde le plus de joueurs possibles, comme chaque année depuis 5 ans.

Comment voyez-vous les 10 prochaines années pour le club ?
Je souhaite qu’on puisse continuer à donner du bonheur aux gens. Il y a encore 5 ans j’étais encore quelqu’un de très compétiteur qui voulait tout gagner, tout rafler. Mais avec ces évolutions, je me suis rappelé que le futsal est un sport, un loisir avant tout. Il faut d’abord vivre des aventures humaines parce qu’au final le rêve du professionnalisme nous oblige à trop de concessions. Il faut d’abord en retirer des expériences de vie. Évidemment je souhaiterais que des joueurs puissent vivre du futsal un jour, mais il faut être rationnel. J’aimerais que Plaisance devienne un exemple de club structuré et sain. On essaye de faire cela depuis 5 ans : notre effectif est le même à 80% depuis tout ce temps en D2 ! Je ne sais pas si ça se voit ailleurs dans le championnat. Voilà ce que je voudrais pour mon club.

Recueilli par W.H.

Medhi Chouari, le co-président joueur du Plaisance All Stars. (crédit: PAS)
Medhi Chouari, le co-président joueur du Plaisance All Stars. (crédit: PAS)

W.H.

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