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Ligue (exclusif) - Jean-Claude COUAILLES (Président de la LFO) : "La transparence et développer des valeurs de confiance seront les leviers d'un bon démarrage"

Lundi 5 Novembre 2018

Ce samedi 3 Novembre 2018, lors de l'Assemblée Générale réunie à Lattes (34), Jean-Claude Couailles a été élu Président de la Ligue de Football d’Occitanie (LFO) avec 68,54% des voix. Il succède ainsi à Maurice Martin disparu en décembre 2017. Après des mois de crise ouverte, il aura la lourde tâche d'unir notre LIgue et ses cent soixante dix mille licenciés. Dès la fin de l'assemblée, son élection aura en tout cas été saluée par le patron de la FFF Noël Le Graët et par plusieurs autres personnalités de notre sport. Vingt-quatre heures après, et avant d'attaquer sa feuille de route, c'est à Footpy qu'il a accordé une longue interview pour s'adresser aux clubs d'Occitanie. (Par Gilius Galinierus)


Avant toute chose, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?
Je suis né à Carcassonne le 26/08/1957 mais Toulousain depuis soixante-et-un ans. J'ai travaillé à la Caisse d'Epargne à partir du 1978 jusqu'à ma retraite l'an dernier. Je suis marié, nous fêterons avec Marie-Claire nos quarante ans de mariage le 24 février prochain. Nous avons deux garçons Matthieu et Thomas et trois petits enfants Lou (7 ans) qui vient de prendre sa première licence, Nino (4 ans) et Ruben (3 ans).

Pouvez-vous nous retracer votre engagement dans le football ?
Comme il me manquait les fondamentaux, je n'ai pas joué au football dans ma tendre jeunesse, calfeutré dans le cocon familial. Je n'ai joué en seniors que dans deux clubs au TUC et à Fonsegrives, mais très vite je suis devenu éducateur dans le village où je venais de construire à Escalquens, puis responsable de l'école de football, puis coach des seniors. Ensuite, je suis resté neuf ans à Sainte-Foy d'Aigrefeuille. Un des présidents, Monsieur Aragones, qui était également membre du Comité Directeur du district de Haute-Garonne Midi-Toulousain et qui connaissait mon sens aigu de l'organisation, m'a demandé d'entrer au district. Je n'ai répondu favorablement que quand j'ai arrêté le terrain. On m'a confié dès mon arrivée la refonte des championnats, exercice facile, il s'agissait de passer les poules de dix à douze équipes (sourire). L'exercice étant réussi, on m'a confié la commission Organisation Coupes et Championnats puis je suis devenu vice-président et enfin président en 2008. Entre temps, avec mon épouse, nous avons remonté un club de foot à Escalquens à la demande d'un jeune que j'avais eu en pupilles (Benoît Serieys), contre l'avis de son père qui est le maire du village. Résultat : trois saisons en seniors avec deux montées puis la création de l'école de football. J'ai arrêté quand je suis devenu Président du district...

Comment est née l'idée de vous présenter au poste de président de la Ligue ? Est-ce une décision "normale" qui découle de votre parcours ?
Je vais être franc, c'est une idée qui est venue petit à petit. Souvent dans diverses cérémonies les élus me présentaient « Monsieur Couailles, Président de la Ligue ». Lors de l'inauguration d'un club house, le maire de Toulouse de l'époque Monsieur Cohen fait l'erreur, discrètement je le reprends et j'étais à côté de Monsieur Moudenc qui malicieusement me glisse "vous vous en souviendrez quand vous serez Président de la Ligue" (sourire). Je vais vous dire, s'il n'y avait pas eu la loi "NOTRe" (NDLR : loi portant la nouvelle organisation territoriale de la République), j'aurais été candidat à la Présidence de la Ligue Midi-Pyrénées. Après la mort du regretté Monsieur Maurice Martin et devant l'impasse dans laquelle nous nous trouvions, je n'ai pas hésité après avoir eu l'accord de... mon épouse.


"Mon projet est clair : être au service des clubs"

Entre votre première candidature en février 2018 et votre élection ce week-end, le parcours a été semé d'embûches. Avez-vous douté ?
Je n'ai jamais douté. Quand je suis rentré à la maison le 16 février (NDLR : Guy Glaria est désigné candidat au dépens de Jean-Claude Couailles lors d'un premier vote au sein du comité de direction), j'ai dit à Marie-Claire : « Finalement c'est un don du ciel, la situation était trop complexe ». Mais dans l'après-midi j'ai reçu des soutiens majoritairement du Languedoc-Roussillon et puis le lundi quand je suis arrivé au district mes collègues m'ont dit : « Tu es victime d'un complot, ne laisse pas tomber, tu dois être le Président de la Ligue ». Je ne vais pas revenir sur toutes les péripéties qui ont suivi mais le Président de la Fédération nous a convoqué et m'a dit clairement  : « Je ne vous comprends pas, respectez la démocratie ». J'ai expliqué à Monsieur Noël Le Graët la situation, que les « frondeurs », puisqu'on nous nommait ainsi, représentent 67 % des clubs et 62 % des voix, et que la minorité ne peut jamais commander la majorité.

Pouvez-vous nous détailler la philosophie de votre projet et vos grands chantiers pour les mois à venir, jusqu'en 2020 ?
Mon projet est clair : être au service des clubs. Cela commence par la mise en place de nouveaux processus de travail. Pour moi, s'organiser pour produire le meilleur résultat possible passe par un partage des responsabilités. Mettre en place les moyens nécessaires à améliorer nos performances passe par un personnel performant. Le chantier prioritaire est la constitution de l'équipe technique régionale (ETR) avant la fin de l'année 2018. Il faut également nommer un comité de pilotage et de gestion pour le Centre Régional Technique, l'Institut Régional de Formation du Football, les pôles espoirs. Des nouvelles têtes vont arriver, vous verrez. La transparence et développer des valeurs de confiance seront les leviers d'un bon démarrage.

Quelles seront vos priorités et quel sera votre agenda pour les prochains jours ?
Former des secteurs d'activité en responsabilisant les directeurs. Je les réunis demain matin à 10 heures (NDLR : ce lundi matin).
Je vais aussi rencontrer le Directeur Technique Régional pour étudier toutes les possibilités qui s'ouvrent à nous. L'augmentation Fédérale du prix de la licence est entièrement reversée aux Ligues pour créer cette entité technique. Pour l'Occitanie cela représente quatre emplois. A Castelmaurou, je rencontrerai le personnel mardi, à Montpellier jeudi. Enfin, je vais prendre rendez-vous avec le Président de la Fédération qui m'a invité à le rencontrer.


"Je mesure à sa juste valeur la mission : je suis prêt"

Pensez-vous que vous aurez les coudées franches pour avancer, avec un comité de direction encore fracturé ? Pensez-vous qu'on va vivre encore cette ambiance d'un « camp contre l'autre » avec des réunions hyper tendues ?
Il y a encore des cicatrices vives mais il n'y aura plus de réunions tendues. Les dossiers seront travaillés, débattus avant la présentation au Comité Directeur. Toutes les décisions seront prises à bulletin secret.

Avez-vous un message à l'attention de vos opposants justement, ceux qui vous ont souvent décrit comme un homme autoritaire, parfois sanguin, qui s'est allié au Languedoc par circonstance ?
Mettons-nous au travail ! Il y aura un patron à la Ligue qui privilégie les compétences. Je serai présent au quotidien. J'ai l'ambition que la Ligue d'Occitanie, au travers de ses clubs, rayonne. J'ai démontré que nous devons construire la Ligue tous ensemble et non par des petits comités invités selon la couleur de la cravate. Depuis hier midi, je reçois un nombre impressionnant de messages de tous les horizons. On me dit que je représente l'espoir, tout le monde me souhaite beaucoup de courage. Je sais que les footeux attendent un changement. Je mesure à sa juste valeur la mission. Je suis prêt.

Comment va-t-on pouvoir recoller les morceaux et rendre de la crédibilité à la Ligue après une telle période ? Hier encore, à Lattes, on a vécu à nouveau des moments de tensions...
Hier, après l'assemblée, j'ai essayé de saluer toutes les personnes après le repas à leur départ. Certains étaient surpris de mon initiative. Un dirigeant d'un club m'a demandé si on pouvait avoir mes coordonnées. Mon téléphone portable est sur le site du district, il le sera sur celui de la Ligue. Un autre m'a dit « vous savez Monsieur Couailles, on ne vous connaît pas, on vous jugera sur vos actes ». Nous allons retrouver la sérénité, dans six mois nous aurons franchi un pallier.

Y aura-t-il des modifications au sein du bureau du conseil de Ligue (comité de direction) ou à la tête de certaines commissions ?
Je ne demande la démission de personne, donc le Conseil de Ligue sera le même. Je demanderai simplement une modification dans le bureau. Pour les commissions, les statuts de la Ligue prévoient un changement de président chaque saison en alternant Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon, sauf pour la discipline. Pour moi, c'est une stupidité mais on m'a rappelé samedi qu'il ne fallait pas déroger aux règles... donc il y aura un roulement.


"Quand des gens se promènent ils visitent les églises, moi si des gens jouent sur un terrain je m'arrête"

Que dites-vous aux clubs qui ont été les spectateurs de plusieurs mois de conflit et qui se sentent souvent peu écoutés ?
Je me suis battu pour aider les clubs. Je vais aller à leur rencontre. Notre force vient de notre maillage dans une relation de proximité. Quand je suis arrivé sur certains stades de Haute-Garonne Midi-Toulousain, on m'a dit c'est la première fois que l'on voit le Président du district. Certains verront pour la première fois un président de Ligue. Quand des gens se promènent, ils visitent les églises, moi si des gens jouent sur un terrain je m'arrête.

Et avez-vous aussi un message pour le personnel qui a vécu des mois difficiles, avec des craintes sur son avenir ? 
Hier (NDLR : samedi), dès mon premier discours, j'ai félicité le personnel. Ils ont vécu une période instable mais le personnel a fait front. Le 4 décembre, la Ligue sera fermée, il est prévu une journée de travail et de rencontre. Quand j'ai été élu en 2008, dans la salle, une employée à pleuré au prétexte qu'elle allait perdre son emploi. Au moment de la fusion entre les districts du Comminges et du Midi-Toulousain, tous les emplois aidés ont été transformés en CDI. Je suis présent mais humain.

Y aura-t-il des modifications entre les deux établissements de Montpellier et Toulouse ? Déplacement du siège social par exemple, de certains services et/ou fonctions ? 
Le jour du BAC économie je suis tombé sur la sujet "la mobilité sociale" heureusement qu'il y avait un autre sujet, je ne savais pas de quoi il parlait (rire). Il n'y aura pas de mobilité. Le siège social est à Montpellier, il y restera !


"Je vais regarder les comptes dans le détail, je ne suis pas optimiste"

Nos lecteurs souhaitent vous interroger sur de nombreux sujets, malheureusement on ne pourra pas tous les évoquer. Parmi eux, quelle va être la politique mise en place pour le développement de l'arbitrage en Occitanie  ? 
Il y a des compétences pour développer l'arbitrage. Parmi les nombreux textos que j’ai reçu, un m’indique que l’Occitanie est un fleuron de la Fédération grâce à l’arbitrage bien développé par l’ex-secteur Languedoc-Roussillon. Je vais rencontrer Monsieur Sars. Je souhaite que les conseillers techniques régionaux soient au contact des territoires. Je sais que je vais recevoir une demande d’un stage uniquement avec des féminines. Je souscris pleinement à cette idée.

Et au niveau financier, y aura-t-il une modification de la politique de la Ligue, pas toujours comprise par les clubs ? (budget, augmentations, rétrocessions aux districts). Une remise à plat est-elle envisageable, comme vous l'aviez fait en arrivant à la tête de votre district ?
Je crois qu’en la matière il faut de la pédagogie. Vous me parlez de la rétrocession aux districts. Quelle part doit revenir aux districts ? Nous arriverons à la fin de la saison prochaine à 40 % du montant qui reste après avoir déduit la part Fédérale et l’assurance. Durant trop longtemps, les districts de Midi-Pyrénées ont été spoliés ! Nous avons été trop conciliant ou pas assez ouvert aux autres. Ah, si nous avions connu avant nos collègues du Languedoc-Roussillon ou de l’Est de la France... Je vais regarder les comptes dans le détail, je ne suis pas optimiste mais j’expliquerai la réalité tout en sachant qu’il faut faire des économies, des efforts dans la recherche de partenaires sans oublier que les clubs souffrent de plus en plus.

Ces derniers mois, certaines voix ont réclamé une modification des statuts pour que les clubs de district puissent eux-aussi être directement présents aux assemblées de Ligue. Avez-vous une position tranchée sur ce sujet  ?
Les statuts ont été votés à presque 100 %, ne l'oublions pas, et les clubs de district sont représentés par des délégués lors des assemblées de Ligue. Certains invoquent que ce n’est pas démocratique car ces délégués seraient à la main de leur Président de district... Drôle de façon de considérer la nature humaine ! Je serai d’accord de tenter de modifier les statuts quand la sérénité sera en place, il faut les 2/3, et à condition que nous ayons mis en place un vote par correspondance... Car il ne faut pas retomber dans le système des pouvoirs. Donc l’élection du prochain comité directeur en 2020 se fera dans les mêmes conditions. Sauf si la Ligue du Football Amateur modifie les règles d'ici là. Pour le moment, une étude est en cours sur le nombre de délégués et pour inverser le nombre de délégués issus des clubs et issus du Comité Directeur de leur district. Je trouve pour le moins inconcevable qu’un président de district soit lui-même délégué.


"Maurice Dessens : un homme qui mettra son expérience pour ramener la sérénité à la Ligue"

Avez-vous préparé votre succession au district dans la mesure où c'est l'un des plus gros de notre Ligue ?
Ce n’est pas une question de grosseur. Je tiens au district de Haute-Garonne et à ses clubs. Je pars avec un pincement au cœur mais je sais qu’il va continuer à prospérer. Demain soir (NDLR : lundi soir), au Comité Directeur et ensuite par courrier aux clubs, je demanderai sans réserve de voter pour le Président délégué Maurice Dessens. J’ai travaillé avec lui sur la fusion en confiance. Depuis que le district Haute-Garonne existe, il a été une présence exceptionnelle et toujours de conseils avisés. Si j’osais, je vous chanterais, à la différence de moi c’est un chanteur hors pair : « C’est mon ami, c’est mon ami et mon maître » (rire). En tout cas voilà un homme qui mettra son expérience pour ramener la sérénité à la Ligue. Il n’est pas catalogué comme étant autoritaire et sanguin (sourire). Il m’apportera beaucoup.

Pour terminer, on entend beaucoup de choses sur le statut des Présidents de Ligue ? Quel sera le vôtre, bénévole ou président salarié comme dans certaines Ligues ?
Il y a quarante-cinq ans que je suis dans le football. Je l’ai servi, sans me servir du football. Je serai donc un bénévole, un bénévole qui se shoote au foot. 365 jours sur 365 on parle football chez les Couailles et mon épouse (en or) me supporte encore ! Seule chose, je n’assisterai à aucun match le dimanche 24 février 2019, vous l'aurez compris (sourire).

Par GG
giliusgalinierus@footpy.fr

Jean-Claude Couailles est le deuxième président de la Ligue de Football d'Occitanie, il succède à Maurice Martin décédé l'an dernier (crédit de toutes les photos : Footpy)
Jean-Claude Couailles est le deuxième président de la Ligue de Football d'Occitanie, il succède à Maurice Martin décédé l'an dernier (crédit de toutes les photos : Footpy)

Gilius Galinierus

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