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N3 - Jean-Louis FAURÉ, le playboy régional au service d'un club mythique

Samedi 10 Novembre 2018

Ariégeois de naissance il a d’après ses dires trop longtemps joué au rugby pour être un bon footballeur du moins sur le plan technique. Dans les autres domaines notamment l’engagement il n’avait rien à envier à personne. Défenseur ou milieu défensif, joueur de devoir comme on dit (on ne perdait pas de temps pour le superflu), Jean-Louis Fauré est aujourd’hui le directeur sportif charismatique de Muret que vous connaissez tous. Portrait et interview du travailleur passionné qu’il est (par JPB).


Jean-Louis Fauré a été formé au F C de Pamiers où il fit ses débuts en seniors à 16 ans et demi. Pour ensuite à 18 ans faire deux saisons a Varilhes en Promotion d’Honneur. A 20 ans il signe à Cugnaux où il officia plusieurs saisons avec succès (il connaîtra plusieurs montées de la Division d’Honneur, au niveau National (4éme et 3éme Division) et une victoire en Coupe du Midi. Une fin difficile dans ce club qui connaîtra de gros problème divers et variés. Il finira en tant que joueur proprement dit à Luzenac pendant deux saisons avant de se lancer dans le coaching. Jean-Louis revient à Cugnaux où il devient à 30 ans entraîneur-joueur de l’équipe II pendant deux ans  (Champion de P H et montée en D H R). Il va ensuite à Carbonne n’étant que deuxième il est viré le 1er avril. On n’a jamais su si c’était un poisson. Deux saisons à Muret pour s’occuper de l’équipe réserve (montée en DHR puis DH). Ensuite il prend les destinées de Labège pendant quatre saisons (2éme la première année, 3éme la deuxième année puis montée en CFA 2 pour redescendre la saison suivante, il ne peut pas rester en place. Viennent ensuite deux saisons à Blagnac en CFA 2 où c’est le calme plat, trois saisons aux Fontaines en CFA 2 avec une montée en CFA, puis la redescente en CFA 2. Avec Jean-Louis on n’a pas le temps de s’ennuyer. Une saison retour à Cugnaux (une place de 4éme en Division d’Honneur). Là nous rentrons dans l’instabilité. Une année à Croix-Daurade en DHR où pour une fois l’administratif l’a emporté sur le sportif. Un retour au Fontaines pour six mois (second sur la phase retour).Saint Alban, trois mois, trois petits tours et puis s’en vont, et enfin une saison en DHR avec Tournefeuille. Il faut dire qu’avant de s’engager comme Directeur Sportif à Muret, on  peut se poser la question sur  les choix judicieux de Jean-Louis, ou alors c’était voulu de sa part pour posséder une expérience variée et complète afin de faire face à toutes les éventualités dans son nouveau rôle.

Le directeur sportif est bien entourré à Muret (crédits: ASM)
Le directeur sportif est bien entourré à Muret (crédits: ASM)

JPB : Jean-Louis, comment s'est fait ton recrutement pour ton retour au club de Muret ?
Jean-Louis Fauré : J’avais gardé des contacts avec Marco Cafiero depuis l’époque où je l’entraînais à Cugnaux. Il est devenu un ami et me chambrait souvent sur mes derniers choix.  Il cherchait  un directeur sportif et m’en a fait la proposition à un  moment où j’avais envie de vivre une nouvelle expérience après quelques saisons où j’avais pas mal ramé et sûrement un peu perdu ma grinta. C’est donc tout naturellement que je lui ai dit oui.

JPB : Comment as tu trouvé le club à ton arrivée ?
JLF : Muret, c’est une institution, un club avec d’énormes potentialités. D’abord, des gens très attachés au club comme Philippe Trunzer, Marco Sentein, Babeth Gaye... C’est  aussi Jeannot de Monaco et Didou… Un stade unique, un peu mythique, Clément Ader... Une parfum d’histoire avec les Mouynet, Rabier et les années CFA ou National…
Un excellent club formateur depuis toujours mais qui avait du mal depuis quelques années à garder ses pépites. Du coup, les résultats étaient assez moyens. Le club végétait en division d’honneur et mis à part les 17 ans, les autres équipes avaient fait une saison très difficile. Le club était un peu au creux de la vague après des saisons bien plus réussies. Toutefois, il y avait un gros potentiel à condition de structurer, de s’appuyer sur les hommes et sur l’existant, et d’apporter un peu de nouveauté.
Le Directeur sportif précédent Jérôme Daliot avait couru partout pour colmater les brèches et grâce à un investissement total réussi à maintenir les équipes où elles étaient.
 
JPB : Quelles ont été tes premières actions ?
JLF : La première mesure prise au moment de ma venue a été de partager le club en deux : Jérôme Daliot s’occupe de l’Académie (en plein développement) jusqu’aux U15 et des féminines. Je suis en charge des équipes des 17 ans aux seniors. Une excellente idée...
Nous avons rapidement fait un audit en s’inspirant de ce qui se fait dans les entreprises. Beaucoup observer, beaucoup écouter pour essayer de fédérer et de s’appuyer sur ce qui marchait bien. Mais, iI a fallu aussi se retrousser les manches très vite et faire fumer le téléphone pour recruter plusieurs coachs après le départ de W Niflore à Blagnac. Sébastien Lasserre en seniors, Johan Rini en 17 ans  sont arrivés et sont encore là aujourd’hui. Il a fallu aussi recruter des joueurs  pour compenser une OPA de Blagnac et les départs à la retraite. Bref, un sacré chantier…
 
JPB : Et ensuite ? Comment définirais-tu ta mission ?
JLF : Avec l’aide de mon alter ego Joël Ducay, nous avons mis en place une nouvelle organisation en partageant le pôle en trois. Formation pour les 17 ans avec un coordinateur, Alain Tartas qui fait un excellent travail. Post formation avec un des enfants du club, Kamel Belmerdja qui assure les liens entre 19 et seniors et enfin élite avec Seb Lasserre. Nous avons rédigé tous ensemble un projet Muret 2020 que nous avons soumis au Comité Directeur et qui définit les objectifs, le projet de jeu et le cadre dans lequel nous voulons fonctionner. Il est lancé depuis un an.
Nous avons également mis en place des réseaux de communication internes pour pouvoir fonctionner efficacement en équipe et permettre des groupes ouverts. Nous avons volé quelques idées à nos partenaires du TFC ou nos amis ruthénois sur des process, de la préparation physique ou des groupes d’entraînement plus larges… Nous nous efforçons de mettre en place une vraie politique technique. Ma mission est donc très large de la rédaction de projets au recrutement : nous travaillons vraiment en équipe, ce qui est très important. Le directeur sportif est un peu le chef de projet qui doit insuffler une dynamique positive et doit savoir motiver et mettre en valeur ses hommes. On apprend...
 
JPB : Ton président a la réputation d’avoir du caractère ? Peut-on dire que tu es le patron du sportif ?
JLF : Comme je le disais, je suis un chef de projet. Il y a un patron, c’est le président. Il est le garant de l’institution et défend son club bec et ongles. À l’image du défenseur subtil qu’il était… Au final, c’est lui et le Comité qui décident.
L’avantage de travailler avec ses amis, c’est qu’on peut se dire les choses. C’est parfois orageux mais nous formons un bon attelage. Je pense qu’il nous fait confiance et mesure les progrès réalisés en interne.

Jean-Louis Fauré s'implique à fond jusque dans ses moments de détente (crédits : Footpy)
Jean-Louis Fauré s'implique à fond jusque dans ses moments de détente (crédits : Footpy)

« Il y aura toujours des snipers pour ne pas te rater »

JPB : Tu es arrivé à Muret depuis trois ans. Quel bilan peux-tu faire de cette période jusqu'à ce jour ?  Quel sont les progrès que tu as constatés, les regrets que tu peux avoir ?
JLF : Trois questions en une. C’est pour les intellectuels cette interview …. Trois ans qui sont passés très vite. Comme je le disais précédemment, on a beaucoup structuré, défini des modes opératoires, un cadre pour avancer et s’améliorer. On a aussi une équipe technique très soudée avec des coordinateurs qui font un excellent travail. On a incontestablement appris à travailler en équipe. Le club favorise la formation de ses éducateurs et certains grandissent très bien.
Enfin, on a ouvert le projet à de nouveaux coachs, qui apportent une vision nouvelle, une valeur ajoutée. Un projet ce sont avant tout des hommes.. Le progrès c’est aussi d’être monté en N 3 avec les seniors. L’équipe 1 reste bien sûr la locomotive du club même si maintenant, il va falloir serrer les dents tous ensemble pour y rester. C’est aussi de jouer les premiers rôles en 19 et 17.
Dans les regrets, la descente injuste des dix-sept  nationaux dans une poule où il n’y avait que des clubs pros devant nous  en ayant battu Montpellier deux fois, l’OM, Ajaccio et fait deux nuls avec le vice champion de France Monaco par exemple. Le fait d’échouer d’un rien dans la remontée en Nationaux l’an dernier et de galérer un peu avec les seniors 2 qui devront à terme s’extirper du R3.

JPB : Aujourd'hui les objectifs que tu t'étais fixés sont-ils réalisés, sinon quelles sont les raisons qui ont empêché de les atteindre ?
JLF : On a un projet pour 2020, on verra à ce moment là si on a réussi. Disons que certains paliers sont atteints… D’autres pas encore. Chez les jeunes, on rivalise avec Colomiers, Balma, Rodez et quelques autres où les gens font aussi du très bon boulot.  Et en seniors, on est dans les huit meilleures équipes régionales. Avec des jeunes du club qui jouent régulièrement. Parfois sur du court terme, on ne réussit pas parce que les autres travaillent mieux que toi ou parce que tu n’es pas assez réactif, parce que tu ne fais pas toujours le bon choix… Le progrès est rarement linéaire mais la réussite passe par le travail, la rigueur et la continuité. Pour mettre en place tes idées, il faut un certain temps, une vraie force de persuasion et des gens avec toi qui acceptent la nouveauté et te font confiance.
 
JPB : Les composantes du club (Dirigeants, encadrement, joueurs) sont-elles en harmonie ? Peux-tu travailler en osmose avec l'ensemble ?
JLF : Oui, franchement, dans l’ensemble on travaille main dans la main. C’est un club où les dirigeants ont joué au football, où il y a cinq DES (ancien BE2). Rien n’est jamais acquis dans ce domaine. Quand tu es président, directeur sportif ou entraîneur, tu sais qu’il y aura toujours des snipers pour ne pas te rater… Ça c’est la nature humaine. Il ne fait pas toujours bon être en première ligne... Pour autant, Muret n’est vraiment pas l’endroit où tu prends le plus de balles dans le dos. Et en général, on répond en équipe.

JPB : Les seniors sont en N3, peuvent t-ils aller plus loin ?
JLF : Là, on  dépasse le cadre du sportif. En N2, il faut, pour pérenniser, pouvoir s’entraîner rapidement dans la journée et cela demande de gros budgets. Le Président et le trésorier Laurent Vialas font un très gros travail pour améliorer cela. C’est un pan essentiel du projet. Il faut également à l’image de Colomiers ou Rodez pouvoir s’appuyer sur notre formation, sur nos jeunes et leur ouvrir les portes. Une de nos priorités. Après, cela passe par des infrastructures et le nouveau complexe du nord livré sous peu va être un formidable outil de travail (nouveau terrain synthétique, nouveau club house, salle de musculation…) Donc oui, mais il faut d’abord penser à ne pas faire l’ascenseur.

JPB : Les jeunes sont au plus haut niveau régional, il manque peut-être les U17 en national ?
JLF : Les nationaux c’est une très belle vitrine mais certains viennent les consommer avant de partir ailleurs. Sur la dernière génération de nationaux, seuls trois ou quatre jouent encore chez nous. Beaucoup sont dans des clubs pros, d’autres sont repartis. Alors que nous avons gardé quasiment tous nos 17 R1 sur lesquels nous avons plus de continuité...On peut très bien travailler sans cela mais on ne refuserait pas de remonter bien sûr.

JPB : Nous nous connaissons depuis fort longtemps et je dois dire que j'ai été surpris de te voir endosser le costume de Directeur Sportif. Dis-moi si cette fonction a modifié certaines visions que tu avais et que tu as sur le football ?
JLF: Parce que tu as le sentiment que j’aime le terrain ? Oui, c’est vrai mais ce que j’aime peut être avant tout c’est la gestion des hommes. En tant qu'entraîneur, j’ai eu la chance de travailler  avec des directeurs sportifs comme José Gomez et Jean-Pierre Bonnet en particulier qui m’ont épaulé et fait progresser. Je n’ai peut-être pas su m’appuyer sur d’autres qui avaient sûrement de la valeur et j’ai aussi croisé quelques emplois fictifs et des tordus. Des modèles et des mecs à qui ne pas ressembler...
La vision sur le foot reste la même mais le fait de se décentrer du poste d’entraîneur, de ne plus avoir la tête dans le guidon, de regarder les autres te permet de t’enrichir et de progresser. Ça m’a donné envie de me former, d’aller observer ailleurs (une semaine au TFC cet été par exemple pour observer Alain Casanova et son staff). C’est un enrichissement personnel même s’il faut trop souvent gérer des casseroles.
 
J’en profite pour vous remercier de donner la parole aux techniciens. C’est agréable de lire des articles sur David Boué par exemple qui est un homme de l’ombre essentiel dans son club. Footpy se recentre sur le terrain et fait moins de faits divers ou de croustillant... To be continued...

Occifoot avait été ravi de recevoir Jean-Louis et de l'entendre parler de sa passion (créidts: Footpy)
Occifoot avait été ravi de recevoir Jean-Louis et de l'entendre parler de sa passion (créidts: Footpy)

JPB (jpb@footpy.fr)

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